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“Sur le fil”

Ce mardi 1er octobre, j’accueille à l’Assemblée nationale mon ami, le réalisateur Edouard Bergeon, originaire de Jazeneuil. Son film poignant « Au nom de la terre », qui vient tout juste de sortir en salles, nous interroge sur les dérives du modèle agricole et les conséquences sur les paysans et les citoyens de notre pays.

Personne ne feint de découvrir que nous avons collectivement laissé la question agricole se dégrader, que nous avons trop longtemps voulu manger et consommer sans nous soucier de la qualité ou des conditions de production. Ce temps est heureusement révolu et les Français, conscients de l’urgence, de la part de l’agriculture dans le dérèglement climatique et des pollutions deviennent – à juste titre – pressants sur ces enjeux.

A l’esprit révolutionnaire qui nous anime doit cependant prévaloir l’idée d’une transition rapide, implacable, non négociable mais juste. Rien ne serait pire que de vouloir changer le modèle sans y associer tous les acteurs, des agriculteurs aux consommateurs. C’est dans cette optique que nous avons d’ores et déjà commencé à agir.

Nous avons d’abord agi pour faire évoluer et protéger notre modèle de production en créant dans la loi dite « EGAlim »[1] des indicateurs pour la formation des prix afin que le prix d’une marchandise ne soit jamais inférieur à son coût de production. Pour la même raison, nous avons relevé le seuil de la revente par les grandes surfaces de sorte qu’elles ne cherchent plus à rogner les marges de nos agriculteurs et qu’elles commercialisent au juste prix leur production.

Cet édifice visant à protéger nos agriculteurs de la variabilité des prix a été complété par notre volonté de leur assurer des débouchés locaux. La loi impose ainsi que les équipements de restauration collective (à l’image des cantines scolaires) assurent 50% de leur approvisionnement auprès de fermes locales et/ou biologiques.

Le traité CETA que nous proposons de ratifier[2] concourt aussi à assurer des débouchés à nos agriculteurs même s’il ne s’agit pas de son principal intérêt. Sa fonction majeure est d’abord d’exporter notre norme afin que ceux qui commercent à l’Union européenne soient soumis aux mêmes règles. En ce sens, cet accord constitue une protection pour la production nationale qui était jusqu’alors concurrencée sans qu’aucun standard de qualité ne soit opposable aux produits extra-communautaires (hors UE). C’est (entre autres) parce que les sud-américains s’avèrent incapables d’offrir de pareilles garanties qu’un accord (Mercosur) est avec eux parfaitement inenvisageable.

A cette actualité brûlante de l’été, une deuxième est venue s’ajouter : la gestion de l’eau et l’aggravation des sécheresses que nous connaissons. A cet égard, j’ai toujours considéré –  avant même mon élection – comme une hérésie le projet pris dans son ensemble de constructions de 41 bassines pour un montant pharaonique de près de 80 millions d’euros. Son ampleur et l’absence d’engagement spécifique des bénéficiaires condamnent ce projet.

Pour autant, nous devons réfléchir à la façon dont certaines des réserves de substitution encouragent la transition en profitant aux agriculteurs exemplaires en matière de qualité (restriction d’usage de phytosanitaire) et/ou pratiquent une agriculture à forte valeur ajoutée.

Cela implique d’exclure de l’irrigation la monoculture mais aussi les pratiques non vertueuses. La poursuite de certains de ces projets doit également être assujettie à un renforcement des contrôles. Qui en effet n’a pas été choqué par les arrosages illégaux en plein milieu des après-midis de juillet et d’août ?

Sur ce point, les discussions multilatérales organisées par la Préfecture (regroupant les irrigants, les associations environnementales, de pêcheurs et les collectivités) doivent pouvoir être reproduites et même généralisées à l’échelle du territoire. C’est ce dialogue qui permet de construire les solutions les plus durables face à la crise de l’eau.

Enfin, je voudrais vous parler des phytosanitaires sans tomber dans la démagogie conduisant ou à soutenir qu’on ne saurait s’en passer ou à promettre de verbeux arrêtés anti-pesticides que des maires édictent sans jamais se soucier de la réalité de leur application ou de leur légalité. 

Dès notre élection, la France a souhaité s’inscrire dans une démarche de sortie du glyphosate à horizon 2021. Cette promesse sera tenue. Si les produits phytosanitaires présentent des risques pour la population, nul besoin de débattre s’ils doivent être épandus à 5 mètres ou à 150 mètres des habitations : ils ne doivent pas l’être. Ce changement de modèle ne peut cependant pas ignorer le fait que ce sont souvent les habitations qui se sont imposées aux champs. Depuis des années, les lotissements ont grignoté les terres agricoles aggravant la situation de santé publique qui se pose aujourd’hui sur l’usage et les conséquences des produits sanitaires.

L’interdiction des pesticides néonicotinoïdes (tristement réputés pour être des tueurs d’abeilles) en France et en Europe était un premier pas. La fin programmée du glyphosate en est un deuxième. Cette marche enclenchée doit se poursuivre et s’amplifier. Pour cela, nous devrons associer à nos démarches les producteurs afin qu’ils considèrent que l’évolution ne se fait pas à leurs dépens mais bien au profit collectif.

En somme, dans cet enjeu de transition, nous sommes toujours sur le fil.


[1] Loi n° 2018-938 du 30 octobre 2018 pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous.

2] Le vote en première lecture a l’Assemblée nationale s’est déroulé le 23 juillet 2019.

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